Lundi 23 avril 1 23 /04 /Avr 19:48

La toile est LE nouveau mode de diffusion de l'information. Problème, est-elle toujours bien réelle? Difficile de déméler le vrai du faux dans cette masse d'informations en pagaille pas toujours vérifiées. En 2010, la Réunion était victime de ce syndrome de la web-information avec l'affaire Helmut Von Staffen via les sites Zinfos974 et Zappet Show. Décriptage d'un phénomène en local et en international.

 

"La nouvelle terrible rumeur qui éclipse toutes les autres" titrait Le Zappet Show le 12 avril 2010. La nouvelle en question c'est que, selon le géographe autrichien Helmut Von Staffen, l'île de la Réunion serait une pure invention, au même titre que l'Atlantide ou Neverland. Une théorie que le négationniste expose dans son ouvrage Les pays de nulle part - Cinq siècles de mensonges. Selon lui, la supercherie aurait débuté dès la découverte de l'île en 1504, quand le navigateur portuguais Diego Fernandez Peteira aurait inventé ce volcan jailli de la mer, juste à côté de Maurice, pour ne pas perdre la face en n'ayant rien à présenter à son retour de voyage. Le géographe va même plus loin en apportant pour preuve les nombreux changement de nom (Santa Apolonia, England's Forest, Bourbon, etc) qu'à connu la Réunion et atteste que les réunionnais n'ont jamais existé. Une "légende savamment entretenue au sein d'un complot international visant à soutirer un peu plus d'argent aux contribuables ou aux oeuvres caritatives auxquels on fait habilement croire que leur argent sert au développement d'un lointain territoire d'outre-mer qui appartiendrait à la France". Les propos tenus dans l'ouvrage du géographe autrichien dénonçant une théorie du complot mondiale n'ont pas manqué d'interpeller l'auteur de l'article, qui finissait son texte en appelant à réagir ses lecteurs: "Question: doit-on accorder du crédit aux propos de Helmut Von Staffen ? Une commission d'enquête vient d'être mandatée par plusieurs associations de géographes soucieux de démontrer que le négationiste est un menteur et que la Réunion existe bel et bien. Mais il faudra sans doute encore beaucoup de temps avant de savoir qui a raison..."

 

2011135-2778051 Image satellite non truquée que Mr. Helmut Von Staffen aurait réussi à se procurer.
 

A Gauche: Madagascar,

 

A droite: Maurice

 

Au milieu (emplacement de La Réunion): rien

 

 

Incroyable, n'est-ce pas? Et vous avez raison de vous poser des questions car tout ceci n'était en fait qu'un canulard. De l'intox pour créer le buzz. L'auteur: Joseph Cleanstone, journaliste du Zappet Show. En creusant un peu, on aperçoit vite les incohérences grossières. D'une part, les seuls articles reléguant l'information ont été posté par la même personne, le Joseph Cleanstone en question. D'autre part, le profil Facebook du fameux géographe autrichien. Intégralement rédigé en français, ne comptant que des amis français, il joue sur une photo de profil et une photo de son ouvrage, Les pays de nulle part - Cinq siècles de mensonges, clairement datés du XIXe siècle, conférant à Helmut Von Staffen une légitimité ouvertement factice. Bref, une manoeuvre grossière, mais volontairement. Et plutôt efficace, puisque la nouvelle a été commentée pendant plus d'un an sur les sites d'information réunionnais. Nombre d'internautes se sont laissés prendre au piège que le journaliste leur avait tendu.

  Com' Helmut

 

La désinformation sur Internet est devenue une tendance de plus en plus forte et même de plus en plus organisée. Au-delà du discours de comptoir définissant le web comme "un danger public puisqu’ouvert à n’importe qui pour y dire n’importe quoi", Internet est un outil d'information à double tranchant. Car les informations qui y sont postées ne passent pas forcément par une chaîne de validation comme c'est le cas dans les médias traditionnels ou sur certains sites qui reproduisent le modèle de leurs aînés. Il faut donc toujours s'interroger sur la fiabilité des éléments trouvés sur le Net. Entre propagande, simple opinion sans réels fondements, informations non vérifiées, fichiers truqués et canulards purs et simples, la désinformation peut prendre des formes très différentes. Cependant, il faut bien différencier deux tendances. La première, la désinformation involontaire, par le relais ou la publication d'une information non vérifiée. La seconde, volontaire cette fois, qui tient de la manipulation. Si la première est due à de la négligence ou une utilisation non responsable de l'outil de publication que représente le web, la seconde nait de motivations diverses, mais qui ne sont pas forcément négatives. "Les artistes utilisent des mensonges pour dire la vérité, alors que les politiciens les utilisent pour cacher la vérité" entend-t-on dans un film se voulant subversif. Sans juger de la profondeur de cette production cinématographique, la réplique résume parfaitement les deux positions qui s'opposent dans la désinformation volontaire.

 

Ce Mr. Cleanstone n'est donc ni négligent ni mal intentionné, bien au contraire. Sa création d'un géographe négationniste était à visée, humoristique bien sûr, mais avant tout critique envers le négationisme historique. Le but de la démarche était de mettre en exergue l'absurdité des nombreuses théories négationistes que l'on peut trouver. En faisant resortir au passage, par les réactions de ses lecteurs, que le public croit trop facilement ce qu'il lit sur Internet. Un pastiche de propagande anti-propagande. Alors que des techniques similaires sont utilisées à des fins commerciales, la pratique a d'ailleurs été baptisée "viral marketing", ou politique comme ça a été le cas, par exemple, avec la fausse vidéo du massacre de Duékoué en Côte d'Ivoire. Somme toute, la manœuvre exercée par Joseph Cleanstone sur le Zappet Show, qu'on approuve ou pas, reflète tout à fait la complexité de nos usages de l'Internet.

Par horizonsmediatiquescarolinechatelard - Publié dans : Les articles
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